Mobilisation des évêques d’Orient
La Liberté, 30 june 2007, p. 10
Luca Fiore«Nous n’avons pas de milices pour nous défendre. Le chrétien est la victime toute designee»: ce message de Mgr Luis Sako, archevêque irakien de Kirkuk, ouvrait de manière dramatique les travaux des patriarches et évêques orientaux. Ils s’étaient retrouvés à Venise la semaine dernière, à l’invitation du cardinal Angelo Scola. Etaient présents les évêques du Koweït, d’Arabie saoudite – c’est un Suisse, Mgr Hinder – d’Islamabad (Pakistan) et l’archevêque coadjuteur de Jérusalem, Mgr Fouad Twal. Avec eux, une cinquanta d’experts arabes ou européens. Ils participaient aux travaux du centre international Oasis, créé en 2004 par le patriarchi de Venise pour favoriser les échanges entre les Eglises européennes et les communautés chrétiennes dans le monde arabo-musulman. Les récents événements du Moyen-Orient ont assombri ces travaux: enlèvements et assassinats de prêtres et de fidèles se sont multipliés, et les chrétiens fuient la région par dizaines de milliers.
La rencontre de Venise a voulu indiquer la nature du défi posé en parlant de «métissage des civilisations». Le multiculturalisme souvent évoqué réduit en effet les relations à une juxtaposition des mondes. Le métissage au contraire décrit une position dans laquelle les parties en présence s’investissent et s’influencent profondément, en partant d’une identité claire. «Le métissage n’est pas la seule formule qui explique le phénomène auquel nous assistons, mais le mot est préférable aux habituelles notions d’identité, de dialogue ou d’interculturalité», a ainsi affirmé le cardinal Scola. En précisant qu’il entendait aussi le métissage dans ses implications biologiques, l’Eglise n’ayant aucune crainte devant la fusion des races et des peuples. Le centre international Oasis, qui se réunit une fois par an, anime une revue du même nom qui paraît tous les six mois dans quatre éditions bi-lingues (italienarabe, français-arabe, anglais-arabe et anglais- urdu, la langue du Pakistan). «Le monde musulman est notre monde. Avec les juifs, nous avons en commun la Bible et les prophètes. Avec l’Occident, nous partageons la même culture chrétienne », a rappelé Mgr Twal, l’évêque de Jérusalem. «Nous pouvons donc bâtir des ponts entre les parties en cause, mais nous ne sommes quasiment jamais interpellés par ceux qui prennent les décisions importantes. Les politiciens actuels manquent de sensibilité religieuse». A son avis, même si les chrétiens ne sont plus qu’une petite minorité, ils peuvent encore peser sur l’évolution de la société arabe: à l’Université d’Haïfa, par exemple, plus de la moitié des étudiants arabes sont chrétiens. «C’est pourquoi leur fuite est si préoccupante».